Le langage des signes pour communiquer avec bébé?

Une orthophoniste se prononce sur l’utilisation du langage des signes avec les enfants entendants. Un texte de Marie-Ève Bergeron-Gaudin, naitreetgrandir.com.

Mon petit Renaud aura bientôt 6 mois. C’est l’âge approximatif auquel certains parents commencent à exposer leur nourrisson au langage des signes pour bébés. Chaque fois que je donne un atelier sur le développement du langage, une maman me demande ce que je pense de ce moyen de communication. Pour tout vous dire, je ne l’ai pas expérimenté avec mon plus vieux, surtout parce que je n’ai pas eu l’occasion de m’y arrêter lorsqu’il était tout petit. Et maintenant? Vais-je l’utiliser avec mon plus jeune? Mon opinion n’est pas arrêtée…

Pour ceux qui ne connaissent pas le langage des signes pour bébés, c’est un langage dit de transition qui regroupe des signes correspondant à des mots courants pour l’enfant (lait, manger, etc.). Il a principalement pour but d’aider l’enfant de 6 à 24 mois à communiquer et à se faire comprendre. Deux courants de langage des signes pour bébés ont émergé parallèlement aux États-Unis dans les années 1980; le Baby Signs  est le plus connu au Québec. En somme, le phénomène est relativement récent. Un nombre limité d’études ont été menées sur le sujet. Certaines avancent que le langage des signes pour bébés accélère le développement du langage, d’autres remettent en question cette hypothèse.

Du point de vue d’une orthophoniste, l’idée de faire des gestes pour communiquer avec bébé peut s’appuyer sur certains faits :

  • Le bébé commence à comprendre des mots vers 6 mois, plus clairement vers 8 à 9 mois, mais n’est pas capable de les prononcer tout de suite. Il y a un écart entre la compréhension et l’expression.
  • Le bébé imite des gestes avant d’imiter des sons et des mots. Les mouvements nécessaires à la parole sont plus difficiles à faire que certains mouvements des mains, notamment.
  • L’enfant qui connaît un développement normal de la communication et du langage n’est pas toujours compris de ses parents, particulièrement pendant ses deux premières années de vie, même s’il cherche clairement à exprimer ses besoins dès 9 mois environ.

Ainsi, les tenants du langage des signes pour bébés proposent de profiter de la période où l’enfant comprend bien, mais ne peut parler distinctement pour faciliter la communication et ainsi réduire les frustrations du tout-petit. Dans ma pratique, j’utilise d’ailleurs des gestes (par exemple « encore » et « fini ») avec les enfants qui ont des difficultés importantes à communiquer et qui ne parlent pas. Entendre le mot et voir le geste en même temps les aide à comprendre; faire le geste leur permet de s’exprimer.

Selon moi, l’usage du langage des signes pour bébés avec des enfants présentant un développement normal de la communication doit toutefois être fait en prenant certaines précautions :

  • Il importe de rester attentif et réceptif à tous les moyens de communication non verbale, pas seulement aux signes (les mimiques, les sourires et les pleurs, les gestes naturels comme montrer du doigt, etc.).
  • Il est important de toujours dire le mot en même temps que l’on fait le signe afin d’encourager l’expression verbale.
  • Il est préférable de ne plus utiliser le signe une fois que l’enfant dit le mot afin que sa compréhension ne reste pas dépendante du signe.

Que vous utilisiez ou non le langage des signes pour bébés, votre enfant sera satisfait si vous avez des attentes réalistes par rapport à ses capacités à s’exprimer, si vous restez patients et acceptez de suivre son rythme. Le plus important demeure d’avoir du plaisir à communiquer sans se mettre trop de pression sur les épaules… ou en mettre sur celles de son enfant!

De mon côté, je participerai assurément à un atelier sur le langage des signes pour bébés dans un avenir rapproché afin de préciser mon opinion sur le sujet, et je serai heureuse de lire vos témoignages!